Les croix de Lestards


Je t'attends.

La Croix Haute


C’est une éponyme ; il faut donc monter très haut pour la découvrir car elle se cache au fond d’un bois qui forme la crinière d’une bute. Mais sa piste est bien indiquée et il y a largement la place de garer une voiture en bas, au bord de la route ou du chemin engagé. Bien entendu cette ascension se fait à pied ; faites-la doucement, c’est un pèlerinage qui peut essouffler. En haut de la côte, un chemin fléché part sur la gauche ; suivez-le. Quelques enjambées plus loin, on la sent là, très présente, qui nous attend, avec la patience des petites qui ont beaucoup souffert.




Je suis là.



Tu es là.

Posée sur un socle à qui il manque sans doute le fut octogonal, elle se fait naine, presque recluse. Le jour où je suis allé la voir, la lumière était magnifique, filtrée par les arbres qui la gardent comme en écrin. À travers les bois, un paysage s’étend au loin, nous ménageant, par son ampleur, de regretter d’avoir pris tant de peine à monter si haut. Tout, ici, est fait d’oppositions des ombres à la lumière. C’est toutefois plus gothique que baroque ; pourtant, sans vitraux, les éclats du sol sans doute.




Au fond, le paysage.





C’est aussi une sorte d’église au Désert, mais pourvue de pilastres résineux dont la canopée majestueuse ferme la voûte à clé, reléguant les bruits du monde au loin, dans un ailleurs humain déjà oublié. Pour atteindre l’Élu, on marche sur une mousse épaisse qui impose à l’invité d’apposer des pas forcément silencieux. Le réflexe vient alors de les raccourcir pour en surseoir l’approche ; la réserve oblige dans ses prolongements. Le tapis n’est pas rouge mais vert, sans cruauté ; il force le respect plus qu’il n’honore l’ego. D’ailleurs vous devriez, comme moi, y venir plutôt seul : ses bras ne seront plus en supplice mais vous étreindront tout entier dans la méditation que vous poserez-là, élargissant votre temps comme Lui son espace, en douceur.

Vue arrière.

Tu reviendras.

La partie droite de la croix a été restaurée, strictement identique à la gauche, ce que je trouve un peu dommage, imaginant l’original moins pointilleux de symétrie. Sa face arrière n’est pas sculptée. On suppose que les deux visages sous les mains du Crucifié représentent classiquement ceux de Marie et de Jean ; comme souvent en ces contrées, l’économie est maximale, autant que la tradition perpétuée.


Sortez du lieu aussi doucement que ce qu’Il vous a imposé à l’entrée ; ce n’est pas parce qu’il vous a pris dans Ses bras qu’il vous faut retourner au monde comme un chien fou, poussé par la pente caillouteuse qui, maintenant, dévale sous vos pieds. En gardant les hauteurs en conscience, c’est l’Esprit qu’on honore et c’est, je crois, tout ce qu’Il veut.